En bref
- La conservation des données est réglée sur deux mois. Passez-la à quatorze. Le changement n’est pas rétroactif : ce qui a été supprimé ne revient jamais.
- Le filtre de trafic interne existe, mais il est inactif. Créer la règle ne suffit pas, il faut activer le filtre. Sinon votre équipe compte comme des visiteurs.
- La liste d’exclusion des référents est vide. Sans les domaines de paiement, le retour depuis une page bancaire ouvre une session et vole l’attribution de la vente.
- L’écart avec Google Ads n’est pas un bug. Les deux outils ne comptent ni la même unité ni à la même date. Seule question utile : cet écart est-il stable ?
Le 1er juillet 2023, Universal Analytics a cessé de collecter. Des dizaines de milliers d’entreprises françaises avaient basculé sur GA4 dans les semaines précédentes, souvent via l’assistant de migration automatique. La propriété créée, le code posé, la case cochée, plus personne n’y est retourné.
C’est le constat de presque tous nos audits : GA4 collecte, affiche des courbes vertes, et six réglages sont restés sur leur valeur d’usine. Aucun ne déclenche d’alerte, ils dégradent la donnée en silence, comme un tracking cassé qui ne prévient pas. Bonne nouvelle : tout se corrige dans l’interface, sans toucher au code du site.
Les réglages d’usine que personne ne change
La conservation des données, bloquée à deux mois
Les rapports standards, agrégés, restent disponibles sans limite de durée. Les données au niveau de l’événement et de l’utilisateur, celles qui alimentent les explorations et les segments personnalisés, sont supprimées au terme de la durée de conservation : deux mois par défaut.
Ouvrez une exploration en octobre pour comparer votre trafic à celui de mars : rien ne s’affiche, la donnée sous-jacente n’existe plus. Passer à quatorze mois prend deux clics, mais n’a aucun effet rétroactif : vous arrêtez l’hémorragie sans récupérer les mois purgés. D’où l’urgence.
Le filtrage du trafic interne, créé mais jamais activé
GA4 permet de déclarer une plage d’adresses IP comme trafic interne, puis d’appliquer un filtre qui l’exclut des rapports. Le piège tient en deux temps : la règle et le filtre sont deux objets distincts, et le filtre naît dans un état de test qui ne retire rien des rapports. Beaucoup de propriétés ont la règle, très peu ont le filtre actif.
Sur un site à quelques milliers de sessions par mois, dix collaborateurs qui le consultent chaque jour pèsent lourd : engagement anormalement élevé, parcours qui ne ressemblent à aucun client.
La liste d’exclusion des référents, et le trou dans l’attribution
Par défaut, GA4 exclut un seul domaine des référents : le vôtre. Un visiteur arrive depuis une campagne Google Ads, remplit son panier, part sur l’écran d’authentification de sa banque, puis revient sur votre page de confirmation. Ce retour est vu comme une visite venant d’un autre site : GA4 ouvre une nouvelle session dont la source est ce domaine intermédiaire, et la vente y est enregistrée.
L’erreur à ne pas commettre Laisser cette liste vide sur un site qui encaisse. Les ventes passant par une redirection bancaire sont attribuées au prestataire de paiement, jamais au canal qui a amené le client : vos campagnes paraissent non rentables et vous coupez des budgets qui fonctionnaient. Ajoutez les domaines de vos moyens de paiement, de vos pages 3-D Secure et de vos connexions externes.
Le tableau de contrôle de votre propriété
Ce que nous ouvrons en priorité, dans cet ordre.
| Réglage | Par défaut | Recommandé | Ce que l’erreur coûte |
|---|---|---|---|
| Conservation des données | 2 mois | 14 mois | Aucune comparaison d’une année sur l’autre dans les explorations |
| Filtre de trafic interne | Absent ou en mode test | Règle par IP, filtre activé | Sessions et engagement gonflés par vos équipes |
| Exclusion des référents | Votre domaine seul | Paiement, 3-D Secure, connexion externe | Ventes attribuées au prestataire de paiement |
| Expiration de session | 30 minutes | 30 minutes dans presque tous les cas | Un délai raccourci découpe une visite et duplique les sources d’acquisition |
| Signaux Google | Souvent activé par la migration | À arbitrer selon l’usage réel du démographique | Seuillage : des lignes disparaissent des rapports |
| Événements clés | Hérités de la migration | 3 à 5 actions à valeur réelle | Signal dilué transmis aux enchères automatiques |
| Export BigQuery | Non configuré | Configuré dès le premier jour | Aucun historique brut récupérable a posteriori |
Les événements clés : trois bons valent mieux que quinze
GA4 appelle désormais événements clés ce qu’il nommait conversions. L’erreur la plus fréquente consiste à marquer une page vue générique : une page de remerciement atteignable par simple rechargement produit un compteur qui monte seul, puisque GA4 compte l’événement à chaque occurrence, pas une fois par session.
Le vrai coût est en aval. Si ces événements remontent dans Google Ads comme objectifs d’enchères, l’algorithme optimise sur un signal bruité et achète du trafic qui déclenche des actions sans valeur. Retenez trois à cinq actions à valeur économique identifiable, avec un paramètre de valeur quand elles en ont une. Cela relève du plan de marquage.
Utilisateurs, sessions, sessions engagées : pourquoi rien ne correspond
Trois compteurs mesurent trois objets. La session regroupe les événements d’une même visite et se referme après trente minutes sans activité. La session engagée a duré plus de dix secondes, ou vu deux pages, ou déclenché un événement clé. L’utilisateur actif est un identifiant ayant produit au moins une session engagée. Un taux d’engagement se calcule donc sur des sessions, un chiffre d’affaires par client sur des personnes.
Pourquoi GA4 annonce-t-il quarante conversions quand Google Ads en revendique soixante ? Les deux outils divergent sur trois points.
- La date de rattachement. Google Ads rattache la conversion à la date du clic qui l’a précédée, GA4 au jour où elle s’est produite. Sur un cycle d’achat long, les courbes sont décalées.
- Le périmètre. Google Ads compte aussi les conversions survenues après un simple affichage de l’annonce. GA4 ne les voit pas : sans interaction, pas de session.
- L’unité de compte. Google Ads raisonne par clic publicitaire et suit l’utilisateur d’un appareil à l’autre. GA4 raisonne par session et attribue la vente à la source de cette session.
Ces écarts sont normaux, mais ils ne doivent pas bouger. Un rapport qui se déforme brutalement signale une casse, et seule une réconciliation avec vos commandes réelles tranche.
Seuillage et échantillonnage : quand GA4 vous cache des lignes
Le seuillage relève de la confidentialité. Quand Signaux Google est actif et qu’un rapport croise des données démographiques ou d’intérêts sur un faible volume, GA4 masque les lignes qui permettraient d’identifier une personne : le rapport reste affiché, mais amputé. Les parades sont d’élargir la plage de dates, de retirer la dimension démographique, ou de désactiver Signaux Google si vous n’exploitez pas ces données.
L’échantillonnage relève du volume. Les rapports standards n’y sont jamais soumis. Les explorations le sont au-delà d’un quota par requête, de l’ordre de dix millions d’événements sur une propriété gratuite : GA4 calcule sur un extrait et l’indique par une mention discrète en haut du rapport. Réduisez la période ou filtrez en amont.
Ce que GA4 ne saura pas faire pour vous GA4 ne conserve pas vos données brutes et ne se croise ni avec votre back-office ni avec votre CRM. Marge réelle par canal, valeur à douze mois d’un client acquis en janvier, cohortes par produit : ces réponses supposent une base où l’événement est stocké ligne à ligne. C’est le rôle de l’export GA4 vers BigQuery, à activer avant d’en avoir besoin : il n’exporte rien du passé.
Consent Mode : ce que GA4 reçoit vraiment
Depuis mars 2024, les annonceurs européens qui utilisent les fonctionnalités d’audience et de mesure de Google doivent transmettre l’état du consentement via le Consent Mode v2. Ce que GA4 reçoit dépend alors du branchement de votre bannière.
- En mode basique, aucun tag ne se déclenche avant le clic sur la bannière. GA4 ne reçoit rien des visiteurs qui refusent, ni de ceux qui quittent le site sans répondre.
- En mode avancé, les tags se chargent et envoient des signaux sans cookie ni identifiant tant que le consentement analytique est refusé. GA4 sait qu’une visite a eu lieu, sans pouvoir la relier à un utilisateur.
Ces signaux sans cookie alimentent la modélisation comportementale, par laquelle Google estime la part manquante à partir des visiteurs consentants. Elle ne s’active qu’au-dessus d’un volume quotidien minimal maintenu plusieurs jours, que beaucoup de PME n’atteignent jamais : leur site en mode avancé voit les mêmes chiffres qu’en mode basique, sans le savoir. Les seuils exacts et la façon de savoir de quel côté vous êtes font l’objet d’un article dédié : Consent Mode v2, le mode avancé ne vous rapporte peut-être rien.
Comparer une courbe d’avant et d’après un changement de bannière n’a donc pas de sens : ce n’est pas le trafic qui a bougé, c’est la fenêtre d’observation. Le taux d’acceptation devient une métrique à suivre, ce qui renvoie à la rédaction du consentement et aux mesures d’audience exemptées admises par la CNIL.
Ce que vous pouvez corriger cette semaine
- Passez la conservation des données à quatorze mois. Chaque jour d’attente coûte un jour d’historique.
- Vérifiez que votre filtre de trafic interne est actif, pas seulement défini, sur l’IP de vos bureaux et prestataires.
- Listez les domaines par lesquels transite un achat, paiement et authentification bancaire compris, et excluez-les des référents.
- Comptez vos événements clés. Au-delà de cinq, demandez pour chacun quelle décision il permet de prendre.
- Activez l’export BigQuery, même sans projet d’analyse. Il n’exporte que le futur.
- Comparez sur sept jours vos commandes réelles avec les achats vus dans GA4.
Les cinq premiers se traitent dans l’administration de la propriété, sans développeur. Le sixième demande une heure, et c’est celui qui révèle le plus.
Questions fréquentes
Pourquoi GA4 affiche moins de conversions que Google Ads ?
Google Ads rattache la conversion à la date du clic et compte aussi celles survenues après un simple affichage de l’annonce. GA4 la rattache au jour où elle a eu lieu, et n’enregistre que ce qui a produit une session. L’écart est structurel : surveillez sa stabilité, pas sa valeur.
Faut-il vraiment passer la conservation des données de 2 à 14 mois ?
Oui, sur toute propriété qui sert à décider. Le réglage n’affecte pas les rapports standards, mais il conditionne les explorations, donc toute comparaison d’une année sur l’autre. Il ne restaure pas les données déjà supprimées : c’est une action à effectuer tôt.
Le Consent Mode fausse-t-il mes statistiques GA4 ?
Il ne les fausse pas, il en réduit le périmètre. Les visiteurs qui refusent les cookies analytiques ne sont plus identifiés individuellement, et selon votre configuration ils ne sont pas mesurés du tout. La modélisation comportementale ne compense qu’au-dessus d’un volume quotidien que beaucoup de sites n’atteignent pas.
Comment savoir si mes rapports GA4 sont échantillonnés ?
Les rapports standards ne le sont jamais. Dans les explorations, GA4 signale en haut du rapport que le calcul porte sur un extrait. Réduire la période ou filtrer en amont suffit généralement.
Un GA4 bien réglé ne garantit pas encore des chiffres justes
Corriger ces réglages fait disparaître une famille entière d’écarts inexpliqués, pour le meilleur rapport entre temps investi et fiabilité gagnée. Vos rapports mesureront enfin ce que vous croyez qu’ils mesurent.
Reste l’autre moitié du sujet, entre le navigateur du visiteur et la propriété : bloqueurs, restrictions des navigateurs, double envoi d’un même achat. Une configuration propre ne protège pas d’une collecte défaillante, c’est un travail distinct que nous traitons dans notre expertise data, analytics et performance.
Ce double envoi d’un même achat mérite un mot de plus, parce qu’il est très répandu et qu’il ne déclenche aucune alerte : GA4 ne déduplique pas, il additionne. Nous racontons un cas réel, chiffres à l’appui, dans votre tracking vous ment peut-être en silence, avec les cinq vérifications qui l’attrapent.
Un doute sur la configuration de votre propriété GA4 ? En premier rendez-vous, nous ouvrons votre administration, vérifions les sept points du tableau ci-dessus, puis confrontons vos conversions déclarées à vos commandes réelles sur trente jours. Parlons-en.
Sur ces sujets de mesure et de visibilité, la fiabilité de la donnée est décisive. On s'appuie sur le tracking Server-Side DataFirefly pour une mesure durable, résiliente aux bloqueurs et aux restrictions cookies.

