Conformité e-commerce : ce que fait votre socle, et ce qu’il ne fait pas

Six obligations européennes pèsent aujourd’hui sur une boutique en ligne. Aucune documentation de plateforme ne dit clairement laquelle elle couvre. Cette matrice le dit, socle par socle, avec la méthode de vérification en fin de page.

Comment lire ce tableau Natif : la plateforme le fait sans rien ajouter. Partiel : la brique existe mais demande du paramétrage ou du développement pour être conforme. Module : il faut une extension. À votre charge : aucune plateforme ne peut le faire à votre place, c’est de l’organisation ou de la donnée.

La matrice

Obligation PrestaShop 8 et 9 WooCommerce Shopify Shopware 6
Prix de référence sur 30 jours
Annonce de réduction
Module Module Partiel : le champ prix barré sert de support, mais aucun historique n’est tenu. Une application pour le calcul Partiel : un champ « prix le plus bas sur 30 jours » existe, la valeur se saisit à la main. Un plugin pour le calcul
Mentions de sécurité produit
Fabricant, personne responsable
Module Module Module Module
Consentement et Consent Mode v2 Module Module Partiel : bannière et blocage des pixels natifs, le relais vers Consent Mode v2 reste à câbler Partiel : bannière native et Consent Mode v2 câblé pour l’intégration Google du socle, les autres traceurs restent à câbler
Facture électronique et e-reporting
France
Module Module Module, et dépendance à un prestataire externe Partiel : facture au format EN 16931 native, mais plateforme agréée et e-reporting absents
Accessibilité, niveau AA Partiel : PS 8 et 9.0 livrent Classic ; PS 9.1 livre Hummingbird 2.0 par défaut, annoncé à plus de 95 % des exigences EAA Partiel : dépend du thème et des blocs Panier et Commande de Woo Partiel : les thèmes récents partent de plus haut Partiel : dépend du thème
Transparence sur l’usage d’IA À votre charge À votre charge À votre charge À votre charge
État vérifié le 10 août 2026, en deux passes. La première a corrigé la ligne prix de référence : Shopware n’est pas natif, contrairement à ce que cette page indiquait le 9 août. La seconde a repris les cinq autres lignes sur la documentation et le code des éditeurs, et corrigé six cases : sécurité produit chez Shopify, consentement chez Shopify et Shopware, facture électronique chez Shopware, accessibilité chez PrestaShop et WooCommerce. Une plateforme peut combler une case du jour au lendemain : cette page est datée pour cette raison.

Les trois enseignements qui comptent

Sur le prix de référence, aucune plateforme ne tient votre historique. C’est la correction la plus utile de cette page, et elle va à rebours de ce qu’on lit partout. Shopware et Shopify offrent bien un champ dédié, l’un nommé « prix le plus bas sur 30 jours », l’autre le prix barré : dans les deux cas la documentation de l’éditeur vous demande d’y saisir vous-même la valeur. Le champ affiche, il ne calcule pas. PrestaShop et WooCommerce n’ont même pas le champ. Autrement dit, sur l’obligation la plus piégeuse, celle où la référence ne se recalcule pas d’une promotion à l’autre, les quatre socles vous laissent tenir l’historique vous-même ou payer une extension pour le faire. C’est précisément pourquoi la fenêtre de gel se pilote au calendrier plutôt que dans l’administration de la boutique.

D’où vient la confusion, et elle est partout : Shopware possède deux champs de noms presque identiques. Le premier, « prix le plus bas », est bien calculé automatiquement, mais il désigne le plus bas parmi les déclinaisons et les prix dégressifs à l’instant présent, ce qui n’a aucun rapport avec l’obligation. Le second, « prix le plus bas des 30 derniers jours », est le champ Omnibus, apparu en version 6.4.10 : celui-là se saisit à la main. Le texte d’aide de l’administration Shopware le dit sans détour, « vous devez remplir ce champ si vous voulez annoncer des réductions dans l’Union européenne », et le code de la plateforme ne contient aucune table d’historique de prix. Les articles qui annoncent un calcul automatique depuis la 6.5 décrivent le premier champ, pas le second.

Deux extensions couvrent désormais le calcul du côté des socles qui n’ont pas de champ : Datafirefly publie Conformité Omnibus pour PrestaShop et Prix le plus bas 30 jours pour WooCommerce, cette dernière sachant en outre traiter les démarques progressives, où la référence reste le prix d’avant le premier palier tant que la remise augmente sans interruption au sein d’une même opération.

Sur l’accessibilité, aucune plateforme ne vous sauve. Les quatre lignes sont partielles, mais plus tout à fait pour la même raison. La conformité se joue dans le thème et dans le tunnel de commande, pas dans le socle, et c’est encore vrai partout ; la nouveauté est que PrestaShop 9.1 livre désormais par défaut un thème que son éditeur annonce à plus de 95 % des exigences européennes, ce qui déplace le point de départ sans dispenser du travail de parcours. Choisir Shopify pour être accessible reste un contresens : son propre rapport de conformité, daté de mars 2026, classe six critères de niveau AA du tunnel de commande en conformité partielle, et un marchand hors offre haut de gamme ne peut pas y toucher. C’est un travail de parcours, et il commence par une commande passée au clavier seul.

Sur l’IA, la ligne est vide partout, et c’est normal. Informer qu’un contenu a été généré ou qu’un visiteur parle à une machine relève d’une décision éditoriale, pas d’une fonctionnalité. Aucun éditeur ne la prendra à votre place.

Ce que ce tableau ne dit pas Il ne classe pas les plateformes. Une case native ne rend pas un socle meilleur : elle indique une dépense en moins et une dépendance en moins sur ce point précis. Le choix d’un socle se joue sur le catalogue, l’équipe et les flux, sujet que nous traitons dans notre expertise e-commerce et marketplaces.

Ce que « module » veut dire pour votre budget

Une case module n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. Elle veut dire trois choses, qu’il vaut mieux poser avant de signer.

Une dépense, ponctuelle ou récurrente selon le modèle de l’éditeur. Sur ce point, la différence entre un achat unique et un abonnement indexé sur le volume se voit surtout à trois ans. Une dépendance : quand la règle bouge, vous attendez la mise à jour de quelqu’un d’autre. Et une vérification : un module installé n’est pas un module qui fonctionne, ce qui vaut particulièrement pour l’historique de prix, dont l’absence ne se voit qu’au moment où il faudrait s’en servir.

La méthode, exposée

Une matrice sans méthode ne vaut rien, alors voici la nôtre.

Chaque case a été vérifiée sur la documentation officielle de l’éditeur ou sur une instance réelle, à la date indiquée. Quand une capacité existe mais demande un paramétrage, elle est marquée partielle plutôt que native : c’est le cas de la ligne consentement chez Shopify, où la bannière est native mais où le relais vers Consent Mode v2 reste à câbler. Quand nous n’avons pas pu vérifier, la case le dit plutôt que de deviner.

Cette page est datée et sera reprise, une ligne par mois, par roulement. La reprise du 10 août 2026 a porté sur le prix de référence et a corrigé une case : Shopware y était donné comme natif sur la foi de la présence d’un champ dédié, alors que sa documentation demande de le remplir soi-même. C’est le genre d’erreur qu’une matrice publiée une fois et jamais relue garde des années. Les plateformes comblent leurs manques, et la réglementation bouge : le calendrier de l’AI Act a été modifié fin juillet 2026, moins de deux semaines avant la publication de ce tableau.

Pour aller plus loin

Chaque ligne renvoie à un sujet que nous traitons en détail dans Dots Papers, avec la méthode d’auto-diagnostic correspondante. Et les échéances associées figurent dans notre marronnier commercial, avec pour chacune la date à laquelle il faut avoir commencé.

Une question sur votre socle en particulier ? Écrivez-nous : nous répondons sur pièces, pas sur catalogue.